Je vous présente un texte d'un ami, père Zoël Saulnier, sur le pardon. ce texte a été diffusé à la radio dans le
cadre de la Causerie dominicale.
Avec le soleil de février qui s’étire comme quelqu’un qui sort de son lit le matin, je vous arrive dans cette causerie avec le goût de partager ce que dans ma vie de croyant j’accepte mais que je
questionne dans le respect et l’amour : la décision de célébrer le pardon avec absolution individuelle en ne permettant plus l’absolution
collective. Un retour à vivre et non à subir en solidarité avec notre évêque. Un moment de croissance dans l’expérience pastorale du pardon car on
dit que le pardon, c’est la réalité la plus importante à vivre pour l’Église en ce 21ième siècle. Car peu importe les blessures, les
déchirures, le pardon peut laver et refaire ainsi la nouveauté selon cette modalité de l’absolution individuelle. Célébrer le sacrement du pardon,
c’est faire la lessive au cœur de nos existences personnelles et communautaires.
Dans cette causerie en ce dernier dimanche de février qui nous conduira à la saison du Carême qui est un temps de conversion pourquoi ne pas parler de ce virage à prendre dans la célébration du
sacrement du pardon?
Je suis plutôt un croyant qui questionne les décisions
pour mieux les intégrer à la lumière de l’Évangile. Dans la fidélité à ce que je suis, avec mes limites et mes efforts de communion, je veux discerner avec vous que ce le Seigneur veut de moi
dans cette décision qui nous est demandée de privilégier dorénavant à savoir l’absolution individuelle dans la démarche du pardon. Il faut se
rappeler que cette décision n’est pas prise pour rendre plus difficile la célébration du pardon mais pour nous aider à le vivre toujours et davantage dans la vérité. Et dans cette démarche qui
nous est demandée ne jamais oublier que c’est toujours Jésus qui dans ce sacrement guérit et réconcilie, sinon ce changement aura été vain.
Une décision vient d’être prise en Église au sujet de l’absolution individuelle sans nier la valeur des célébrations collectives vécues pendant de nombreuses années
et qui ont fait partie de la vie pastorale de notre Église.
Cette décision a été prise avec un pincement au cœur des pasteurs compte tenu de ce qui a été vécu à l’occasion des
célébrations collectives du pardon comme une expérience pastorale valable et qui n’a en rien diminuer
le pardon comme un rite qui nous refait et qui nous remet debout. Moi comme vous qui êtes de l’Église, nous obéissons à cette décision. Mais je vous avoue que cette décision je
l’assume avec une certaine souffrance. Une décision qui demande de ma part une foi plus enracinée dans
cette mission de Jésus qui nous a été confiée. Je considère que c’est être adulte dans sa foi que de dire ce que je ressens pour mieux m’ouvrir à cette décision que je crois habitée par la force
de l’Esprit.
Nous allons bientôt entrer dans la saison du carême avec le mercredi des Cendres. Je crois que cette saison qui
doit être une montée vers Pâques est le temps tout indiqué pour faire ce passage demandé dans l’expérience du sacrement du Pardon au cœur de notre Église diocésaine, au cœur de nos communautés
chrétiennes.
Comme l’écrit notre évêque Mgr Vienneau et je cite : « Le temps du carême, temps de
conversion et de pénitence, est un moment propice pour donner des enseignements aux gens car plusieurs sont restés avec bien des questions à la suite du décret de la
CECC. »
Selon le thème du Carême 2009 : « Tu aimes le monde et nous marchons avec toi », il est important
au-delà de nos questions, des nos difficultés devant une telle décision, de continuer à marcher comme Église, comme communautés chrétiennes, comme
individus afin d’aller plus loin qu’un décret en nous invitant avant tout à croire davantage à l’amour
miséricordieux du Seigneur qui veut nous relever pour mieux marcher ensemble comme peuple de Dieu. Ce n’est pas le pardon qui est remis en cause, mais une manière de célébrer ce pardon dans un
sacrement dont l’Église dans sa sagesse nous demande de privilégier, c’est-à-dire la célébration communautaire du pardon avec absolution individuelle.
Quant à moi, l’important avant tout dans la modalité du pardon qui
est permise, c’est de nous resituer comme individu, comme société dans ce besoin de croire dans un
pardon qui est lieu de guérison, lieu de réconciliation, lieu de paix. Mon seul
souhait c’est aussi le souhait de notre évêque que ce moment d’adaptation et il faut le dire ce deuil, vivons-les afin de découvrir la grandeur de ce
sacrement et malgré tout de ne jamais douter du pardon qui est un cadeau de Dieu à l’humanité.
Je dirais que rien n’est à négliger dans l’appréciation de ce que nous avons vécu par le passé et cela depuis
plusieurs années. Dans cette démarche qui a été la nôtre selon la modalité de l’absolution collective,
il ne faut pas renier la valeur de notre parcours qui a permis à nos communautés chrétiennes de vivre des célébrations communautaires signifiantes et
ainsi nous ouvrir aujourd’hui à l’absolution individuelle.
En assumant cette décision, au-delà de nos déceptions et même les confusions qui peuvent exister autour du
sacrement du pardon, il faudrait éviter les comparaisons et d’évaluer les différentes modalités de la célébration du pardon en hissant une modalité sur un piédestal et en considérant ce que nous avons vécu comme quelque chose à rabais.
C’est une attitude de marketing qui n’est pas digne de la grandeur du pardon dont nous avons tous et toutes besoin.
Pour que cette décision n’ait pas de retombées négatives, il faut avant tout profiter de cette occasion qui nous est offerte pour mieux comprendre le sens et la portée du sacrement de la
réconciliation comme le signifie notre évêque Mgr Vienneau dans un souci pastoral.
Nous vivons dans un monde qui est bon et que Dieu aime, selon le thème de notre carême 2009. Mais ce monde, il est
marqué par un laxisme qui affecte nos consciences et ainsi la médiocrité s’installe comme une manière de vivre.
Dans nos vies faites de brisures et de faux pas, cette nouvelle démarche devrait nous aider à sortir de notre
médiocrité en ayant un regard vrai sur le péché et nous faire découvrir la nécessité d’investir le meilleur de nous-mêmes dans cette démarche de conversion afin de trouver dans nos vies de
baptisés les espaces de haine et de violence qui empêchent l’amour de prendre racine, les lieux de destruction qui éteignent la vraie vie dans nos existences et dans le monde et aussi avouer les manques de responsabilité qui affaiblissent la société et l’Église et de l’avouer en toute humilité. Ayant conscience du péché qui m’habite
pour mieux le reconnaître, dans cette démarche de l’absolution individuelle le confesser et ainsi se tenir devant Dieu pour se sanctifier.
Dans ce retour à l’absolution individuelle surtout pour notre génération, il serait bon de se désintoxiquer d’une
manière de vivre la confession comme si on se présentait à un guichet automatique où on dépose son lot de péchés sans se responsabiliser pour reprendre un nouveau chemin. On a appris trop souvent à regarder notre vie comme un livre de recettes où on évalue en moins ou en plus les
ingrédients au lieu de la confronter dans ses limites et ses grandeurs à la lumière de l’Évangile pour enrichir nos terres appauvries par le péché qui est toujours une rupture
d’Alliance.
Enfin dans ce changement accepté, comprendre que Dieu est un passionné, c’est pourquoi le pardon
existe.
Dans une démarche de pardon avec absolution individuelle qui doit
toujours se vivre en lien avec la communauté, nous répondons à cette passion de Dieu pour nous dans un amour qui n’écrase pas mais qui se penche sur nous pour mieux nous relever. Comme Jésus l’a
fait devant la femme en situation de péchés, Jésus se penche sur le sol et il écrit sur le sable pour enfin se relever pour montrer jusqu’où va le pardon. Un pardon vécu dans cette démarche de l’absolution individuelle qui nous permet de rencontrer ce Dieu dont saint
Augustin a pu dire : « S’éloigner de lui, c’est périr, se tourner vers lui, c’est ressusciter; demeurer en lui, c’est être inébranlable, retourner à lui, c’est renaître, habiter en lui,
c’est vivre ».
Une démarche qui nous apprend que pardonner, ce n’est pas calculer, ce n’est pas oublier ni effacer mais libérer
l’avenir. Pardonner, c’est supprimer l’injustice sans renier la blessure.
Pardonner, c’est ne pas permettre au mal de triompher mais ouvrir au
bien des chemins d’avenir.
Pardonner, c’est arrêter la violence, retrouver la
paix, la légèreté, et donc l’humanité.
Enfin, le pardon est sans prix parce qu’il est le fruit d’un amour qui ne se mesure pas.
Entrons dans cette démarche du pardon pour mieux bêcher, sarcler la terre de notre vie pour que germe en solidarité
dans nos fragilités, là où se vit le péché, le pardon comme une douce caresse de Dieu.
Bon Carême et bonne démarche de pardon!
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