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Vendredi 20 mars 2009

 (Mon ancien curé, un jeune prêtre que j'apprécie, publie chaque semaine une chronique dans L'Acadie Nouvelle. Je vous refille un de ses chroniques. Bonne lecture.)


Depuis le début de l’hiver, l’Église doit transiger avec des controverses. Ce qui fait dire à certains qu’elle traverse l’une des crises les plus aiguës de son histoire récente. Plusieurs d’entre vous m’ont fait part de leur incompréhension de cette crise. En tentant de résumer quelques-uns des enjeux de ces situations complexes (de plus en plus connus à cause de leur médiatisation), je voudrais vous donner mes raisons « d’espérer contre toute espérance » (Hé 11). Parce que je ne désespère pas : l’Église n’est pas le Titanic menacé de sombrer, mais une barque qui tangue face à des vents contraires, et qui revient toujours à bon port (comme elle l’a fait tant de fois depuis 2000 ans).

 

Espérer en Dieu

 

Première tempête de l’hiver : 25 janvier. Ce jour-là, dans un souci d’unité, Benoît XVI tend la main à un groupe d’évêques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X excommuniés en 1988. Parmi ces évêques, Mgr Williamson nie l'existence de la Shoah. C’est la première rafale! La deuxième : réintégrés au sein de l'Église, ces évêques ont réaffirmé leur opposition à l'esprit de Vatican II. Cela en a fait sursauter certains plusieurs! Benoît XVI a voulu calmer le tout il y une semaine avec une lettre à tous les évêques alléguant son ignorance du négationnisme de Williamson et sollicitant l’appui des évêques. Avec humilité, le pape a tendu la main une autre fois… cette fois à l’Église.

 

Cette situation est un appel à réveiller notre espérance à l’égard de l’Église post-conciliaire. Parce que l’espérance est niée par ceux qui souhaitent revenir en arrière et restaurer le passé : il s’agit là d’un manque de confiance en un Dieu toujours à l’œuvre. L’espérance est aussi mise de côté par ceux qui ont choisi de limiter leur action pastorale à la décroissance de services et de lieux d’Église : l’avenir de l’Église ne peut être prédit par des actuaires ou des consultants. Espérer, c’est comme se convertir, c’est-à-dire se tourner vers Dieu qui, mieux que le passé ou le présent, nous montre l’avenir.

 

La force tranquille du peuple

 

La tempête hivernale s’est ensuite déplacée au Brésil, le pays le plus catholique du monde. Tout le monde connaît l’histoire maintenant : l’excommunication de la mère d’une fillette de neuf ans et du corps médical qui a pratiqué l’avortement de deux jumeaux conçus lors d’un viol. De nombreuses personnes, y compris parmi les pratiquants, n’ont pas compris ce qui a motivé un jugement si sévère et ont voulu se désolidariser de ce jugement. Dans une lettre ouverte à l’archevêque de Recife, l’évêque de Nanterre en France a résumé les sentiments de plusieurs: « dans cette tragédie, vous avez ajouté de la douleur à la douleur et vous avez provoqué de la souffrance et du scandale chez beaucoup de personnes à travers le monde. »

 

De nombreux prêtres et évêques d’ici et d’ailleurs se sont fait les porte-paroles des fidèles en exprimant leur incompréhension et leur désapprobation des propos de l’évêque brésilien, conscients que « la solidarité impose de dire ses désaccords, sinon elle ne serait que complicité. » Le Vatican a aussi entouré la fillette de tendresse et d’amour en disant : « Avant de penser à l'excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder la vie innocente de la fillette et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Église, devrions être experts et maîtres dans l'annonce. Cela n'a malheureusement pas été le cas, et la crédibilité de notre enseignement s'en ressent, qui apparaît aux yeux de beaucoup comme insensible, incompréhensible et sans aucune miséricorde. »

 

À cause de la prise de parole de plusieurs catholiques, d’évêques jusque-là anonymes et de nombreux observateurs, ce qui semblait clair pour l’archevêque de Recife a perdu de son évidence. Le mea culpa ne suffira peut-être pas à certains. Il est peut-être venu trop tard pour d’autres. Mais pour moi, il me donne une raison d’espérer dans la force tranquille des personnes. Au cours de l’histoire bimillénaire de l’Église, il y a toujours eu des personnes qui sont venues rappeler le message de Jésus le Christ. Ces personnes peuvent être méprisées par leur époque, non reconnus dans leur propre pays, mais elles ont la capacité de nous ramener à l’essentiel.

 

La patience au moment du printemps!

 

Au bout d’un long hiver, Benoît XVI se rend en Afrique pour poursuivre l’œuvre d’’évangélisation. Après avoir bâti des écoles et des églises, fondé des communautés religieuses et aidé à la formation d’un clergé local, la Mission continue pour que l’Évangile s’avance plus profondément dans les cœurs. Ce n’est pas que l’épiderme qui doit être touché. Nos leaders religieux ont réalisé cela avec le génocide rwandais. Le massacre a montré que l’horreur peut exister avec une pratique religieuse enviable (des fidèles actifs, des religieuses en grand nombre, des séminaires remplis, etc.). L’évangélisation des profondeurs doit se poursuivre, là-bas comme ici.

 

En terre de récentes « plantations d’Église », Benoît XVI sèmera des nouvelles pousses pour permettre un autre printemps de l’Église. Après un hiver rigoureux, l’espérance du semeur qui jette à grandes brassés le grain est nécessaire. Les nouvelles pousses ne pourront fleurir et porter du fruit sans notre consentement à la patience. En ce temps de carême, nous rappelons à notre conscience que la patience du semeur s’accompagne nécessairement de la croix. Voilà un autre lieu de mon espérance : pour croître et renaître, la vie a besoin de temps, de patience et d’épreuves dont Dieu est maître.

 

Cité cette phrase de Congar : « Ceux qui ne savent pas souffrir ne savent pas non plus espérer. À celui qui sait attendre, toutes choses finiront par être révélées, à condition qu’il ait le courage de ne  pas renier dans les ténèbres ce qu’il a vu dans la lumière. »

 

Appris d’un ami prêtre de l’Afrique que Benoît XVI était fort attendu là-bas et que son voyage réjoui les foules. Les Africains étaient habitués aux visites papales. Sur les 110 pays que Jean-Paul II a effectué pendant son pontificat, 40 ont été en Afrique. Il a profondément marqué ce continent qu’il affectionnait particulièrement.

 

Reçu les Actes du 49e Congrès Eucharistique International. On y trouve l’appel à l’espoir de la fondatrice d’une ONG visant la réconciliation entre Hutus et Tutsis, Marguerite Barankitsé: « Vous les Occidentaux, quand il n’y a pas de stratégies, de mécanismes et d’objectifs spéciaux, vous n’avancez pas. Vous voulez bien faire confiance en Dieu, mais il faut d’abord avoir des assurances, la sécurité pour au moins 100 ans. »

 

Relu le récit de la tempête apaisé dans les évangiles. Alors que la barque dans laquelle se trouvent les disciples est secouée et qu’ils périssent, ils interpellent Jésus. Si l’Église traverse les tempêtes, c’est bien parce que Quelqu’un d’autre est aux commandes.

 

Prié avec l’assemblée chrétienne dominicale la semaine dernière pour toutes les personnes affectées par les événements entourant l’excommunication. La prière est un chemin qui nous rend solidaires des personnes souffrantes, avec autant (même plus) d’efficacité que nos beaux discours, dont cette chronique fait partie.

 

Demandé aux paroissiens de ne pas entrer dans un cycle de condamnation. Tout en désapprouvant le jugement de l’archevêque de Recife, il faut éviter de lui infliger ce que nous dénonçons : un jugement sévère et sans appel qui se moque de la miséricorde. Sinon, nos propos sonnent creux.

 

Par Dugas - Publié dans : espace-vie - Communauté : L'Acadie
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